
Développement moteur
Un concentré de puissance complexe: le moteur Fuhrmann
Il est rare qu'un moteur porte le nom de son concepteur. La
mécanique du Porsche 550 Spyder est l'une de ces exceptions. Dans le
langage usuel des amateurs de Porsche, ce moteur dont la cylindrée
originelle était de 1.498 cm3 s'appelle donc «moteur Fuhrmann». Pour
le jeune ingénieur Emst Fuhrmann, la conception de ce moteur fut
l'objet de sa thèse de doctorat, intitulée « La commande des
soupapes des moteurs à combustion interne tournant à haut régime»
(«Ventiltrieb bei schnell laufenden Verbrennungsmotoren»). Le
Professeur Dr Ernst Fuhrmann allait ensuite faire carrière chez
Porsche. En 1976, il fut nommé Président du Directoire de la société
Porsche AG.
Le quatre cylindres Fuhrmann, appelé aussi «moteur Carrera» et
construit entre 1954 et 1965, se distinguait par toutes les qualités
que l'on attend d'un bon moteur de sport : puissance élevée, régimes
élevés, facilité d'utilisation, belle sonorité. L'entraînement des
arbres à cames par maitres arbres, le double allumage ; soit deux
bougies d'allumage par cylindre ainsi que deux bobines d'allumage et
deux distributeurs , le roulement à rouleaux et un ventilateur à
action double côté ; voilà les principales caractéristiques de ce
moteur, baptisé type 547. Les initiés en déduisent logiquement qu'il
s'agissait de la 547ème conception de la maison Porsche.
Le 2 avril 1953, le moteur Fuhrmann tourna pour la première fois sur
banc. La puissance du 547 était de 110 ch à 7.800 tours/minute. En
1955, Porsche décida de proposer ce moteur à cylindres à plat aussi
sur les voitures de sport de série. La 356 A Carrera délivrait 100
ch. En 1956, sur la Porsche 550 A, la puissance grimpa à 135 ch.
La progression ne s'arrêta pas là. Sur le banc d'essai, 164 ch
furent relevés sur des versions de 1,6 litre. C'est sous le capot de
la Porsche 904 que ce moteur ; désigné alors par le numéro 587 ;
atteignit sa puissance maximale. Portés à une cylindrée de deux
litres, les moteurs délivraient un maximum de 180 ch'. Pilotée par
Colin Davis/Antonio Pucci, une 904 GTS équipée du moteur Fuhrmann
sortit victorieuse de la Targa Florio de 1964. En 1965, Eugen
Bôhringer/Rolf Wütherich se classèrent deuxièmes du Rallye Monte
Carlo avec une 904 à quatre cylindres.
La puissance débitée par le moteur Fuhrmann aurait aussi suffi à la
Porsche 911 présentée en 1963. Mais pour construire ce moteur en un
nombre relativement important, la conception était trop complexe et
n'était donc pas justifiée sur le plan économique.
Hans Mezger, longtemps motoriste chez Porsche, se rappelle : «Le
réglage d'un moteur Fuhrmann était difficile. Dans le monde entier,
on comptait peut être huit ajusteurs doués d'un doigté particulier
qui en étaient capables. Aujourd'hui, ils sont encore moins
nombreux.» De plus, à cause de ses maîtres arbres, le moteur était
trop bruyant pour une voiture de sport devant aussi offrir du
confort pour les voyages. Ainsi Ferry Porsche décida de faire
développer un six cylindres pour la Porsche 911.